
Photo: Peter J. Brown (CC BY-SA 4.0)
La découverte, dans le nord-est du Kazakhstan, d’une cité de l’âge du bronze vieille de 3 500 ans soulève de nouvelles questions sur les capacités architecturales et technologiques des sociétés des steppes.1
Des recherches récentes menées à Semiyarka, site situé au sommet d’une colline, ont révélé qu’il abritait, à la fin de l’âge du bronze, un habitat bien plus vaste et organisé qu’on ne le pensait. Alors qu’on estimait jusqu’à récemment sa superficie à environ 40 hectares, de nouvelles mesures ont permis d’établir que l’habitat s’étendait sur 140 hectares. Selon les experts, cette taille fait de Semiyarka l’un des sites les plus remarquables de la steppe eurasienne.

Les tessons de céramique découverts à Semiyarka indiquent que le site était lié aux cultures de Cherkaskul et d’Alekseevka-Sargary. Le nombre élevé d’exemples d’Alekseevka-Sargary, en particulier, suggère que la région constituait une étape importante de ce réseau culturel à cette époque. À l’inverse, la faible densité de vestiges dans certaines zones laisse penser que certaines parties du site étaient peut-être destinées à un usage saisonnier ou temporaire.
L’une des caractéristiques les plus intrigantes du site est la présence de longues buttes de terre, facilement visibles aussi bien du ciel que du terrain. Ces buttes atteignent une hauteur d’environ un mètre. Les chercheurs notent que ces rangées de structures adjacentes comportent des compartiments ressemblant à des pièces, ce qui suggère un habitat planifié. Une structure plus importante a été identifiée à l’intersection de ces rangées. Son emplacement et ses dimensions suggèrent qu’elle remplissait peut-être une fonction plus centrale, comme un usage cérémoniel, administratif ou communautaire.
Des mesures géophysiques ont révélé des traces de murs en adobe à l’intérieur des buttes. Ces traces révèlent un modèle architectural distinct qui se répète dans tout le site. En revanche, l’absence de traces structurelles claires dans les zones où le travail du métal en surface est concentré suggère que les activités de production ont pu être menées principalement dans des espaces ouverts ou dans des structures légères.

Photo: Miljana Radivojević, et al/Cambridge University Press
Les traces de travail des métaux figurent parmi les découvertes les plus significatives qui caractérisent Semiyarka. Des échantillons de scories, de fragments de minerai, de creusets et d’autres objets métalliques trouvés en surface indiquent que des minerais de carbonate de cuivre étaient transformés, produisant des bronzes à haute teneur en étain. Les experts suggèrent que cette production a pu être rendue possible par la proximité de la région avec les gisements minéraux des monts Altaï. Les données indiquent que les communautés des steppes ne pratiquaient pas une production dispersée aussi largement qu’on le pensait auparavant, mais menaient plutôt des activités de travail des métaux organisées et contrôlées dans des centres spécifiques.
La répartition des objets au sein de l’établissement suggère que la zone centrale, avec ses reliefs élevés, était utilisée plus intensivement, tandis que les zones s’étendant vers l’est étaient moins fréquentes, remplissant peut-être des fonctions secondaires. Les experts notent que la taille et l’organisation de Semiyarka le distinguent clairement des autres établissements de l’âge du bronze de la région. Bien que des établissements similaires d’environ 30 hectares soient connus, aucun autre exemple n’a encore été trouvé où l’organisation architecturale et la production de métaux étaient d’une telle ampleur.
À mesure que les fouilles progressent, on s’attend à obtenir des informations plus précises concernant la structure architecturale de Semiyarka, l’étendue de ses activités de production et sa place dans les réseaux commerciaux régionaux de l’époque.
- Radivojević M, Lawrence D, Merz VK, et al. A major city of the Kazakh Steppe? Investigating Semiyarka’s Bronze Age legacy. Antiquity. Published online 2025:1-9. doi:10.15184/aqy.2025.10244[↩]





